Définition et histoire du syndrome du pied diabétique

Définition et histoire du syndrome du pied diabétique

Le terme « syndrome du pied diabétique » est un terme collectif désignant plusieurs maladies qui diffèrent les unes des autres en fonction de leur étiologie et de leurs processus pathologiques. Toutes ces maladies ont en commun que les plaies de pied chez un patient atteint de diabète sucré peuvent amener des complications pouvant avoir comme conséquence l’amputation de l’extrémité entière dans le cas d’un traitement tardif ou inefficace.

Bien que Pryce ait décrit, dès 1887, « un cas d’ulcère perforant dans les symptômes diabétiques et atactiques »16, des plaies de pied parmi les diabétiques, ayant souvent mené à l’amputation, due à l’artériosclérose, considérée, dans la première moitié du vingtième siècle, comme une complication inévitable du diabète sucré, ont été répertoriées comme maladie métabolique chronique désignée sous le terme « gangrène diabétique ».17

En 1934, Elliot Joslin, l’un des pionniers de la diabétologie, publia un article intitulé « La menace de la gangrène diabétique ».18 Il avait constaté qu’avant 1914, 2 % des diabétiques mouraient de gangrène diabétique et que ce pourcentage avait augmenté de plus de 125 % en 1926, quelques années seulement après la découverte de l’insuline. Bien que cet article ait également décrit la circulation limitée et la gangrène diabétique comme la principale cause des complications diabétiques de pied, Joslin décrivait en détails les causes habituelles des plaies de pied diabétique (brûlure avec bouillotte, chaussures neuves mal ajustées et mauvaise hygiène des pieds). Il insistait vivement sur le fait que les patients soient informés avec précision sur la manière de prendre soin de leurs pieds et que l’hygiène des pieds leur tienne à cœur. Eliot écrivait : « Il semble évident que la gangrène ne soit pas envoyée par Dieu mais qu’il s’agisse bien d’un problème humain ».

Ce n’est que dans les années cinquante que la neuropathie diabétique combinée à l’ischémie et aux complications infectieuses fut reconnue et acceptée comme elle l’est encore aujourd’hui, comme condition de base dans le début des complications du pied chez les diabétiques. C’est alors également que fut décrit pour la première fois le bon pronostic des interventions locales dans les troubles neuropathiques et la limitation des procédures chirurgicales radicales dans les changements ischémiques.19

Le besoin de soins spécialisés pour les diabétiques souffrant de problèmes de pieds devint de plus en plus évident dans les années qui suivirent et il a été reconnu que de nombreuses méthodes de traitement (soulagement de pression, chaussures pour diabétiques) pourraient être dérivées du traitement d’une autre affection associée à l’affaiblissement de la perception sensorielle due à la neuropathie, à savoir la lèpre.20 Des programmes spéciaux d’amélioration du pronostic dans les complications diabétiques de pied ont été mis en œuvre pour la première fois à Atlanta (États-Unis), dans les années soixante-dix, au vingtième siècle.21 Ceci a réduit le taux d’amputations chez les diabétiques de 50 %. Des programmes ayant des taux de réussite similaires ont d’abord été mis en place en Europe, à Genève et à Londres22 et en Allemagne en 1983 par le professeur Ernst Chantelau, le Dr Maximillian Spraul et le professeur Michael Berger de la clinique universitaire de Düsseldorf23,24. Au début de la dernière décennie du vingtième siècle, et dans le cadre de la déclaration de St Vincent25 et de ses objectifs visant à réduire le nombre d’amputations parmi les diabétiques endéans les cinq années, de nouvelles consignes furent adoptées. En 1993, elles furent ajoutées aux consignes globales de la Deutsche Diabetes-Gesellschaft dans l’AG Diabetischer Fuß.

L’attention croissante consacrée au pied diabétique se reflète également dans les activités de recherche, les publications et les événements dans ce domaine. Entre 1982 et 1996, le nombre d’articles sur le syndrome du pied diabétique a doublé dans les journaux des associations de diabétiques américaines et anglaises. Et lors des congrès américains sur le diabète en 1996, le nombre de contributions sur ce thème a triplé par rapport à 1980. Depuis 1998, la revue médicale « The Diabetic Foot » est publiée quatre fois par an en Angleterre. À San Antonio (Texas, États-Unis), des congrès internationaux de plusieurs jours ont lieu chaque année et à Malvern (Angleterre), les problèmes de pied diabétiques sont au centre des intérêts. En 1991, un symposium international sur le pied diabétique a été organisé pour la première fois aux Pays-Bas. 500 participants issus de 46 pays étaient présents. Ce symposium s’est déroulé pour la troisième fois en 1999.26

Traitement du diabète et recherche en Europe : la Déclaration de Saint- Vincent (1989) Objectifs quinquennaux de la Déclaration de Saint- Vincent : prise de mesures efficaces afin de prévenir les complications coûteuses ;

  • réduction du pourcentage de nouveaux cas de cécité du diabète d’un tiers ou plus ;
  • réduction d’au moins un tiers de la fréquence de l’insuffisance rénale terminale ;
  • diminution du nombre d’amputations dues à la gangrène diabétique de la moitié au moins ;
  • réduction des maladies coronariennes et des décès associés chez les diabétiques par le biais de programmes intensifs de réduction des facteurs de risques ;
  • normalisation du déroulement de la grossesse chez les diabétiques, similaire à celui des femmes non diabétiques.

Malgré toutes ces activités, les patients présentant des problèmes diabétiques de pied en 2000 n’ont pas pu être traités partout en Allemagne de manière satisfaisante. Il est urgent d’adopter des mesures supplémentaires.